[<] Éléments propres d'un endomorphisme matriciel [>] Diagonalisabilité

 
Exercice 1  829  Correction  

Soient f et g deux endomorphismes d’un 𝕂-espace vectoriel E tels que fg-gf=Id.

  • (a)

    Montrer que, pour tout entier n1, on a fng-gfn=nfn-1.

  • (b)

    En dimension finie non nulle, montrer qu’il n’existe pas deux endomorphismes f et g tels que fg-gf=Id.

  • (c)

    Montrer que dans E=𝕂[X] les endomorphismes f et g définis par f(P)=P et g(P)=XP conviennent.

Solution

  • (a)

    Il suffit de procéder par récurrence en exploitant

    fn+1g-gfn+1=f(nfn+gfn)+(Id-fg)fn.
  • (b)

    Si fg-gf=Id alors

    tr(Id)=tr(fg)-tr(gf)=0.

    C’est absurdre.

  • (c)

    Pour P𝕂[X]

    fg(P)=(XP)=XP+Petgf(P)=XP

    donc

    (fg-gf)(P)=P.
 
Exercice 2  775     MINES (MP)

Soient A,Bn() vérifiant AB-BA=A.

  • (a)

    Calculer AkB-BAk pour k.

On considère l’endomorphisme φ de n() défini par φ(M)=MB-BM.

  • (b)

    À quelle condition la matrice Ak est-elle vecteur propre de φ?

  • (c)

    En déduire qu’il existe11 1 Autrement dit, la matrice A est nilpotente. k tel que Ak=On.

 
Exercice 3  6109     CENTRALE (MP)Correction  

Soit n*. On note Tn l’espace des matrices Mn() de trace nulle. Pour M,NTn, on pose φM(N)=[M,N]=MNNM.

On définit les matrices Di,j=Ei,j si ij et Di,i=Ei,iEn,n si i{1,,n1}(Ei,j) est la base canonique de n().

  • (a)

    Prouver que la famille (Di,j)(i,j)(n,n) est une base de Tn.

  • (b)

    Dans le cas où M est la matrice diagonale diag(u1,,un), calculer φM(Di,j).

  • (c)

    Montrer que φM est diagonalisable lorsque M l’est.

  • (d)

    Prouver que MTnφM est injective.

Soit V un sous-espace vectoriel de Tn stable par [,] et tel que, pour tout MV, la restriction de φM à V soit diagonalisable.

On fixe aV et on considère xV un vecteur propre associé à une valeur propre non nulle de φa.

  • (e)

    Montrer que x est nilpotent.

  • (f)

    Prouver que φx|V est nilpotent.

  • (g)

    Que peut-on en conclure?

Solution

  • (a)

    Tn est le noyau d’une forme linéaire non nulle sur n(), c’est donc un espace vectoriel de dimension n21.

    Les matrices Di,j avec (i,j)(n,n) sont au nombre de n21 et appartiennent toutes à Tn.

    La famille (Di,j)(i,j)(n,n) à laquelle on adjoint En,n engendre n() car les éléments de la base canonique de n() en sont combinaisons linéaires. Cette famille de n2 vecteurs est donc libre et la sous-famille (Di,j)(i,j)(n,n) l’est aussi.

    Ainsi, (Di,j)(i,j)(n,n) estune base de Tn.

  • (b)

    On a MEi,j=uiEi,j et Ei,jM=ujEi,j donc

    φM(Di,j)=(uiuj)Di,j si ij

    et

    φM(Di,i)=0=(uiui)Di,i.
  • (c)

    L’application φM est bien un endomorphisme de Tn car linéaire et que l’on sait l’égalité tr(MN)=tr(NM)..

    Supposons M=PDP1 avec D=diag(u1,,un) et PGLn().

    Posons Mi,j=PDi,jP1. La famille (Mi,j)(i,j)(n,n) est une base de Tn car XPXP1 est un automorphisme de Tn.

    On a

    φM(Mi,j)=P(DDi,jDi,jD)P1=(uiuj)Mi,j.

    Ainsi, l’endomorphisme φM est diagonalisable.

  • (d)

    L’application MφM est linéaire de Tn vers (Tn).

    Soit MTn tel que φM=0. On a MN=NM pour tout NTn. En particulier, MDi,j=Di,jM pour ij. Or

    [MDi,j]j,j=mj,iet[Di,jM]j,j=0.

    La matrice M est donc diagonale. Aussi,

    [MDi,j]i,j=mi,iet[Di,jM]i,j=mj,j.

    La matrice M est donc scalaire. Enfin, M est de trace nulle, c’est donc la matrice nulle.

    Ainsi, l’application linéaire MφM est injective.

  • (e)

    On écrit axxa=λ.x avec λ0.

    On a

    ax2x2a=(λ.x+xa)xx2a=λ.x2+x(axxa)=2λ.x2.

    Plus généralement, par récurrence,

    p,axpxpa=pλ.xp.

    Par l’absurde, si x n’est pas nilpotent, l’endomorphisme φa admet une infinité de valeurs propres, à savoir les pλ avec p. C’est absurde et donc x est nilpotent.

  • (f)

    Pour yV, φxq(y) est une combinaison linéaire de termes xkyxqk avec k0;q. En notant p l’ordre de nilpotence de x, φx2p(y) est une combinaison linéaire de termes tous nuls. Ainsi, φx|V est nilpotent.

  • (g)

    Par hypothèse, l’endomorphisme φx|V est diagonalisable et donc φx est nul. En particulier φx(a)=0 et donc φa(x)=0.

    Toutes les valeurs propres de l’endomorphisme diagonalisable φa|V sont nulles et c’est donc l’endomorphisme nul sur V.

    On conclut que les éléments de V commutent deux à deux.

 
Exercice 4  4105     CENTRALE (MP)Correction  

On fixe Ap() et l’on considère Δ:Mp()AM-MA.

  • (a)

    Prouver que Δ est un endomorphisme de p() et que:

    n*,(M,N)p()2,Δn(MN)=k=0n(nk)Δk(M)Δn-k(N).
  • (b)

    On suppose que B=Δ(H) commute avec A. Montrer

    Δ2(H)=0etΔn+1(Hn)=0.

    Vérifier Δn(Hn)=n!Bn.

  • (c)

    Soit une norme sur p(). Montrer que Bn1/nn+0.

  • (d)

    En déduire que la matrice B est nilpotente.

Solution

  • (a)

    Δ est évidemment linéaire de p() dans lui-même.
    En exploitant

    Δ(BC)=ABC-BCA=(AB-BA)C+B(AC-CA)=Δ(B)C+BΔ(C)

    on montre la relation

    Δn(MN)=k=0n(nk)Δk(M)Δn-k(N)

    en raisonnant par récurrence comme pour établir la formule de Leibniz.

  • (b)

    AB=BA donne directement Δ(B)=0 et donc Δ2(H)=0.
    La relation Δn+1(Hn)=0 s’obtient alors en raisonnant par récurrence et en observant que les termes sommés sont nuls dans la relation

    Δn+1(Hn)=Δn+1(HHn-1)=k=0n+1(n+1k)Δk(H)Δn+1-k(Hn-1).

    L’identité Δn(Hn)=n!Bn s’obtient aussi par récurrence et un calcul assez analogue.

  • (c)

    Considérons une norme sous-multiplicative (par équivalence des normes en dimension finie, cela ne change rien au problème). On a

    Bn=1n!Δn(Hn).

    L’application linéaire Δ étant continue, on peut introduire k0 vérifiant

    Mp(),Δ(M)kM.

    On a alors

    Bn1n!knHn1n!(kH)n

    puis

    Bn1/n1(n!)1/n(kH)n+0 car n!n+2πn(ne)n.
  • (d)

    On peut plonger le problème dans le cadre complexe. Soit λ une valeur propre complexe de B et M une matrice de p() dont toutes les colonnes sont vecteurs propres de B associés à la valeur propre λ. On a
    BM=λM et donc BnM=λnM puis BnM1/n=|λ|M1/n. Or

    BnM1/nBn1/nM1/nn+0

    et l’on peut donc conclure λ=0.
    Puisque 0 est la seule valeur propre complexe de B, celle-ci est nilpotente.

 
Exercice 5  2719     MINES (MP)Correction  

Soient f et g deux endomorphismes d’un -espace vectoriel E de dimension finie n1 tels que

fg-gf=f.
  • (a)

    Montrer que f est nilpotent.

  • (b)

    On suppose fn-10. Montrer qu’il existe une base e de E et λ tels que:

    Mate(f)=(01(0)1(0)0)etMate(g)=(λ(0)λ+1(0)λ+n-1).

Solution

  • (a)

    On vérifie fkg-gfk=kfk pour tout k.

    Si fk0 pour tout k alors l’endomorphisme hhg-gh admet une infinité de valeurs propres (à savoir tous les entiers naturels). Cela étant impossible en dimension finie, on peut affirmer que l’endomorphisme f est nilpotent.

  • (b)

    fn=0 (car dimE=n) et fn-10. Pour xKer(fn-1) et e=(fn-1(x),,f(x),x), on montre classiquement que e est une base de E dans laquelle la matrice de f est telle que voulue.

    On remarque

    f(g(fn-1(x)))=0E

    donc

    g(fn-1(x))=λ.fn-1(x)

    pour un certain λ.

    Aussi,

    fk(g(fn-1-k(x)))=(λ+k).fn-1(x)

    et la matrice de g dans e est donc triangulaire supérieure avec sur la diagonale λ,λ+1,,λ+n-1. Ainsi,

    Sp(g)={λ,,λ+n-1}.

    Soit y vecteur propre associé à la valeur propre λ+n-1.

    Si yKer(fn-1) alors puisque Ker(fn-1) est stable par g, λ+n-1 est valeur propre de l’endomorphisme induit par g sur Ker(fn-1). Cela n’étant pas le cas, yKer(fn-1). On vérifie alors facilement que la famille e=(fn-1(y),,f(y),y) résout notre problème.

 
Exercice 6  2441     CENTRALE (MP)Correction  

Soient E un -espace vectoriel de dimension finie non nulle, u,v dans (E) et a,b dans . On suppose

uv-vu=au+bv.
  • (a)

    On étudie le cas a=b=0.

    Montrer que u et v ont un vecteur propre en commun.

  • (b)

    On étudie le cas a0, b=0.

    Montrer que u est non inversible.

    Calculer unv-vun puis établir que u est nilpotent.

    Conclure que u et v ont un vecteur propre en commun.

  • (c)

    On étudie le cas a,b0.

    Montrer que u et v ont un vecteur propre en commun.

Solution

  • (a)

    Puisque uv=vu les sous-espaces propres de u sont stables par v. Puisque E est un -espace vectoriel non réduit au vecteur nul, u admet au moins une valeur propre. Le sous-espace propre associé est stable par v et non réduit au vecteur nul. L’endomorphisme induit par v sur celui-ci admet au moins une valeur propre. Cela assure l’existence d’un vecteur propre à l’endomorphisme v dans un sous-espace propre de l’endomorphisme u. Ce vecteur est un vecteur propre commun à u et v.

  • (b)

    On a uv-vu=au.

    Par l’absurde, si u est inversible alors

    uvu-1-v=aIdE

    et donc

    tr(uvu-1)-tr(v)=adimE.

    Or

    tr(uvu-1)=tr((uv)u-1)=tr(u-1(uv))=tr((u-1u)v)=tr(v)

    ce qui entraîne une absurdité. On en déduit que l’endomorphisme u est non inversible.

    Par récurrence sur n, on vérifie

    unv-vun=naun.

    En effet, la propriété est immédiate pour n=0 et on obtient l’hérédité en écrivant

    un+1v-vun+1 =un(uv)-vun+1
    =un(au+vu)-vun+1
    =aun+1+(unv-vun)u

    L’endomorphisme φ:wwv-vw défini sur (E) n’admet qu’un nombre fini de valeurs propres car opère en dimension finie. Si u n’est pas nilpotent alors pour tout n, na est valeur propre de φ. C’est absurde et donc u est nilpotent.

    Enfin, soit xKer(u). On a u(v(x))=v(u(x))+au(x)=0 donc v(x)Ker(u).

    Par suite, Ker(u){0} est stable v et un vecteur propre de l’endomorphisme induit est vecteur propre commun à u et v.

  • (c)

    uv-vu=au+bv.

    Si a=0 il suffit de transposer l’étude précédente.

    Si a0, considérons w=au+bv.

    On a

    (au+bv)v-v(au+bv)=a(uv-vu)=a(au+bv).

    Par l’étude qui précède, au+bv et v ont un vecteur propre en commun puis u et v ont un vecteur propre en commun puisque a0.

 
Exercice 7  4107      CENTRALE (MP)Correction  

Soient E un -espace vectoriel de dimension finie non nulle, u et v deux endomorphismes de E.

On suppose que uvvu=u.

  • (a)

    Montrer que Ker(u) est stable par v.

  • (b)

    Montrer que Ker(u){0}.

    On pourra raisonner par l’absurde et utiliser la trace.

    En déduire que u et v ont un vecteur propre commun.

  • (c)

    Montrer qu’il existe une base de E dans laquelle les matrices de u et v sont triangulaires supérieures.

  • (d)

    Généraliser le résultat précédent au cas où uvvuVect(u,v).

Solution

  • (a)

    Soit xKer(u). On a u(x)=0E et donc

    u(v(x))=u(x)+v(u(x))=0E.

    Ainsi, v(x)Ker(u). L’espace Ker(u) est stable par v.

  • (b)

    Par l’absurde, supposons l’endomorphisme u est inversible. On peut introduire u1 et écrire

    uvu1=v+IdE.

    Or

    tr(uvu1)=tr((uv)u1)=tr(u1(uv))=tr((u1u)v)=tr(v)

    et l’égalité précédente donne alors

    tr(v)=tr(v)+dimE.

    Cela est absurde. On en déduit Ker(u){0}.

    L’espace Ker(u) est stable v et non réduit à l’espace nul. L’endomorphisme complexe induit par v sur cet espace de dimension finie admet au moins une valeur propre λ. Si x est un vecteur propre associé, c’est un vecteur propre commun à u et v car c’est un vecteur non nul vérifiant à la fois

    u(x)=0Eetv(x)=λ.x.
  • (c)

    Par récurrence, on établit que deux endomorphismes u et v d’un -espace vectoriel de dimension n* vérifiant uvvu=u sont cotrigonalisables.

    Pour n=1, il n’y a rien à démontrer.

    Supposons la propriété acquise pour n1*.

    Soient u et v deux endomorphismes d’un -espace vectoriel de dimension n vérifiant uvvu=u. Il existe e1 vecteur propre commun à u et v. Par le théorème de la base incomplète, on forme e=(e1,,en) une base de E. Dans cette base les matrices de u et v sont respectivement de la forme

    A=(λ*0A)etB=(μ*0B).

    Par opérations par blocs, on vérifie ABBA=A car ABBA=A. Par hypothèse de récurrence, les endomorphismes canoniquement associés aux matrices A et B sont cotrigonalisables. Il existe donc QGLn1() telle que

    Q1AQ=TetQ1BQ=U avec T,U𝒯n1+().

    Considérons ensuite la matrice étendue

    P=(100Q).

    On vérifie

    PGLn() avec P1=(100Q1).

    Par produit par blocs,

    P1AP=(λ*0T)etP1BP=(μ*0U).

    Les matrices A et B sont donc cotrigonalisables et la matrice de passage P détermine alors une base dans laquelle les matrices de u et v sont triangulaires supérieures.

    La récurrence est établie.

  • (d)

    L’étude qui précède est aussi valable pour une identité du type uvvu=au avec a0. Dans le cas où a=0, le résultat est encore vraie car deux endomorphismes u et v qui commutent possèdent une valeur propre commune. En effet, u possède au moins une valeur propre, le sous-espace propre associé est stable par v et l’endomorphisme induit par v sur celui-ci possède au moins une valeur propre. Cela permet de déterminer un vecteur propre commun à u et v. On peut alors adapter la démonstration précédente et acquérir la propriété de cotrigonalisabilité.

    Si uvvu=au+bv avec b0 alors, en considérant w=au+bv, on a

    uwwu=u(au+bv)(au+bv)u=b(uvvu)=bw.

    Les endomorphismes u et w sont donc cotrigonalisables. Or v est combinaison linéaire de u et v. Les endomorphismes u et v sont donc aussi cotrigonalisables.

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Édité le 11-03-2026

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